Wednesday, April 14, 2021
Home COVID19 La ministre McCann et le piège de la « douceur » des femmes en...

La ministre McCann et le piège de la « douceur » des femmes en politique


Invité à dresser le bilan du triste premier anniversaire de la crise sanitaire, François Legault a indiqué en entrevue qu’au début du mandat de la CAQ, en 2018, seules les manières douces de Danielle McCann pouvaient cicatriser les plaies de la réforme Barrette en santé. Or, avec l’éclatement de la pandémie, ce qui faisait la power de la ministre de la Santé s’est transformé en faiblesse apparente, au level de lui perdre le poste pour lequel elle s’est lancée en politique au revenue de Christian Dubé.

Le premier ministre souhaitait un changement de cap :

Moi, je vous dirais que Danielle McCann était la meilleure personne pour apaiser et motiver le réseau. Je pense que Christian Dubé a une approche un peu plus cassante, qui est nécessaire actuellement parce qu’il y a un travail à faire sur l’imputabilité.

Remark se fait-il que les vertus de Danielle McCann soient devenues du jour au lendemain un stigmate ? Nous proposons quelques éléments de réflexion à la lumière de travaux menés en science politique et en communication autour de la query de la médiatisation des femmes politiques.

Le discours de la « politique autrement »

Les femmes sont désormais célébrées en politique, mais c’est presque toujours en tant que femmes qu’on les y attend. Dans un contexte de crise de la représentativité – qui se traduit par une désaffection croissante des citoyens à l’égard de la classe politique –, leurs qualités naturelles apparaissent sous un meilleur jour, automotive on leur attribue la capacité de renouveler le système et ses pratiques masculines associées à la corruption, l’agressivité, la langue de bois.

À l’intérieur d’un argumentaire qui souligne leur capacité « à faire de la politique autrement », on valorise leur bienveillance, leur solidarité, leur écoute, leur compassion et leur douceur. Transférées du domaine privé au public, ces qualités deviennent recherchées alors qu’elles étaient auparavant dévalorisées, révèlent les travaux des politologues Delphine Dulong et Frédérique Matonti.

Les médias et les cooks de parti jouent un rôle vital dans la mise en exergue de ces qualités toutes féminines. Prenons l’exemple de François Legault lors de la campagne électorale de 2018 qui a martelé sur plusieurs tribunes que « les femmes vont assainir les façons de faire en politique, automotive elles sont positives et, de façon générale, travaillent mieux avec les adversaires. Les Québécois, ce qu’ils souhaitent, c’est qu’on arrête de lancer de la boue, qu’on soit plus positifs ». Il a plus tard ajouté que « les femmes vont changer le climat au Salon bleu, automotive elles sont plus consensuelles » et que cela allait « se refléter dans le ton » des échanges.

Le chef de la CAQ avait tout avantage à miser sur la variable du style pour séduire l’électorat. Un sondage Léger-Quebecor paru une semaine avant le début officiel de la campagne électorale 2018 rapportait que les hommes (38 %) étaient beaucoup plus nombreux à se ranger derrière le parti de Legault que les femmes (33 %) et que les électrices québécoises allaient faire basculer le choix d’un gouvernement majoritaire ou minoritaire caquiste. La candidature de Danielle McCann a été placée à l’avant-plan : « Danielle, c’est quelqu’un qui collabore, écoute, concilie. » Elle allait potentiellement succéder à Gaëtan Barrette, décrit comme un « taureau », un « bully » aux manières agressives.




Learn extra:
Le mythe du management féminin


Le piège des représentations sociales

La Covid-19 ramène à l’avant-plan la query des représentations sociales. Power est de constater que celles des femmes politiques ne leur permettent toujours pas d’investir le pouvoir au même titre que les hommes. Ainsi, même si elles sont plus facilement admises dans les cercles politiques qu’avant, elles restent ainsi en quelque sorte piégées par leur féminité.

Tout se passe comme si l’ambition politique au féminin doit ainsi être contenue dans des limites étroites : celles de la douceur, de la sensibilité, du compromis. Des qualités qui les laisseraient incapables de faire face à la dureté du jeu politique, d’autant plus dur en temps de pandémie. La douceur devient illégitime dans un contexte qui nécessite du sang-froid, de la reddition de comptes, et une « approche cassante » pour reprendre les mots de Legault.

Soulignons que lorsque les femmes se montrent « cassantes », elles sont souvent perçues comme trop agressives, tel que l’ont montré les chercheures canadiennes Joanna Everitt et Elisabeth Gidengil dans leur chapitre publié dans l’ouvrage Thoughts the Gaps. Canadian Perspective on Gender and Politics.

Une étude dirigée en 2018 par Clara Kulich conclut que les qualités réputées « masculines » sont préférées aux qualités dites « féminines » en période houleuse. L’équipe de la professeure de psychologie sociale à l’Université de Genève a demandé à une centaine de participant·e·s de choisir parmi des qualités généralement associées aux femmes (écoute, sensibilité, tact émotionnel) et aux hommes (détermination, prise en cost, autorité) pour reprendre une entreprise dans la tourmente. Les caractéristiques masculines ont été choisies pour reprendre le groupe en difficulté dans 63 % des cas.

La professeure de l’Université de Toronto Sylvia Bashevkin et ses collaboratrices ont d’ailleurs illustré dans Doing Politics In a different way ? Ladies Premiers in Canada’s Provinces and Territories que plusieurs des femmes qui ont été à la tête des provinces canadiennes (des pionnières pour la plupart d’entre elles !) et qui ont dû faire face à des vents contraires en cours de mandat ont vu leur management rapidement remis en query.

Pauline Marois a déjà affirmé être trop douce pour sortir gagnante du jeu de la rivalité politique. La query demeure : remark changer les perceptions ? Remark empêcher que les femmes soient enfermées dans la particularité de leur sexe ?

Tant qu’il n’y aura pas plus de femmes en politique et que dans les mentalités populaires le pouvoir politique restera plus ou moins associé aux hommes, il ne sera pas doable de créer une variété de nouveaux modèles permettant de changer les représentations du métier politique. Ni d’atteindre ce que l’universitaire Linda Trimble appelle une « normalisation politique et médiatique », où le style ne sera plus un enjeu lorsqu’il est query de management.



Supply hyperlink

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

- Advertisment -

Most Popular

Wildlife in decline as report reveals stunning state of UK’s woodlands

The poor situation of British woods and timber has brought about a dramatic decline within the wildlife native to them, based on a...

Scrabble bans racial slurs inflicting some to boycott household board sport

Scrabble has banned racial slurs from scoring factors on the household favorite board sport — to the ire of libertarians and scrabble gamers.In...

Tesco income dive 20% regardless of surging grocery gross sales throughout pandemic

Tesco has revealed that its income tumbled by round a fifth over the previous yr after coronavirus prices of virtually £900 million offset...

Recent Comments

English English German German Portuguese Portuguese Spanish Spanish